Deux entreprises à compétence multinationales ont la volonté de faire évoluer leurs pratiques managériales. ACCENTURE et DELOITTE annoncent la suppression des entretiens annuels et la volonté de mettre en place un nouveau dispositif d’évaluation.  ACCENTURE annonce par la voix de son PDG, Pierre Nanterme, la fin de la tenue des entretiens  annuels pour les 330 000 salariés du groupe en 2016. DELOITTE France affirme la mise en place d’un nouveau programme d’évaluation qui ne repose pas sur un entretien annuel. Ces choix sont à suivre car ce sont des entreprises qui ont de l’influence sur les pratiques de management dans tous les pays où elles sont  implantées.

L’entretien annuel a souvent pour objectif d’évaluer le travail du salarié dans son poste au cours de l’année écoulée. C’est également l’outil le plus répandu pour aborder les mobilités professionnelles. A ACCENTURE France, tout dépendra des résultats des négociations avec les instances représentatives du personnel mais le projet « Performance Achievement » est lancé pour une évaluation plus courte, plus régulière et plus centrée sur l’individu.

A DELOITTE France, le nouveau dispositif d’évaluation des collaborateurs « Reinvent Performance  Management » a pour ambition de faire une évaluation plus juste et beaucoup plus réactive. Deux à trois fois par an, chaque manager fait son évaluation de la mission au regard des objectifs fixés.

Cette évolution doit nous interroger. La suppression d’un échange opposé entre le salarié et son responsable, c’est le retour en force de la norme et de son principe de non-contradiction qui a pour conséquence une perte d’innovation et une aggravation des risques psychosociaux.

On peut voir également dans l’entretien annuel une double fonction : il donne un espoir au salarié d’être reconnu et il permet d’accompagner le parcours professionnel.

Devons-nous être inquiet de la mise en place d’évaluation par mission ? Oui, on peut le penser si l’évaluation est faîte dès l’issue de la mission, on réduit l’évaluation au résultat aux dépens de la réalisation. Le risque est réel que ne soit pas pris en compte le « comment le travail est fait » ainsi que l’inscription de la mission dans la stratégie de l’entreprise.

La suppression de l’entretien annuel pourrait donc être un retour en arrière.

Le débat est ouvert.

Jérôme Morin

Source : article du journal Le Monde du mercredi 16 décembre 2015.